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À propos de SOS Villages d'Enfants

Mieux prendre en charge les traumatismes répétés des enfants

Trois enfants sur quatre ont vécu un événement traumatisant avant d’intégrer un service de l’aide à la jeunesse. Dans nos projets, nous travaillons quotidiennement auprès d’enfants ayant éprouvé des traumatismes répétés et nous savons les conséquences qu’ils peuvent entraîner sur leur développement et leur bien-être. C’est pourquoi nous accordons une grande importance à développer nos connaissances sur le sujet et à améliorer nos pratiques de prise en charge. Nous collaborons pour cela avec des experts en traumatisme, dont les psychotraumatologues et membres de l’Institut Belge de Psychotraumatologie (BIP) Manoëlle Hopchet et Annie Bleus.

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Quand l’enfant ne parvient plus à trouver l’apaisement

« Il y a traumatisme lorsqu’un enfant vit un événement perturbant ou menaçant son intégrité physique ou psychique, et que ses capacités à pouvoir l’assimiler sont submergées, résume Manoëlle Hopchet. On parle de traumatisme répété quand il y a une accumulation de tels événements. » L’enfant a besoin d’un adulte à l’écoute de ses besoins. Par exemple, lorsqu’un bébé a faim, il pleure et son parent l’apaise en le nourrissant : une réponse est donnée à son besoin. « Dans les cas de traumatisme, l’enfant est dans une situation de détresse mais il n’y a pas d’apaisement, pas de réponse. » Son système nerveux autonome ″s’emballe″ et l’enfant entre dans un état d’alerte, d’hypervigilance. Le besoin d’apaisement et de sécurité n’est alors pas satisfait.

La négligence, les ruptures d’attachement, les abus ou la violence physique ou émotionnelle, de la part d’adultes ou de pairs, peuvent générer des traumatismes chez les enfants. Bon nombre de jeunes que nous accueillons dans nos projets en ont fait l’expérience.

Des conséquences des années après

Les traumatismes répétés peuvent influencer de nombreux aspects de la vie des enfants concernés. « Les traumatismes répétés peuvent se manifester par des troubles de l’attention, de la concentration ou de l’analyse », met en évidence Annie Bleus. Ils peuvent aussi avoir un impact sur leur sommeil, leurs performances scolaires et leurs capacités d’apprentissage. Après des situations de détresse, « le cerveau consacre toute son attention à tenter de réguler les émotions. Toute l’énergie y est consacrée, des stratégies de survie sont développées au détriment d’apprentissages liés au fonctionnement quotidien et scolaire », ajoute Manoëlle Hopchet.

L’impact des traumatismes répétés peut également apparaître au niveau du comportement, en particulier lorsque les enfants grandissent, via des formes d’agressivité ou de violence, des troubles anxieux ou dépressifs, des addictions, de l’automutilation… Ces conséquences peuvent parfois être ressenties encore des années après. « Des problèmes de santé peuvent aussi se manifester, surtout à l’âge adulte. » Les personnes ayant subi des traumatismes répétés durant l’enfance présentent par exemple un risque accru de maladies cardiovasculaires, de troubles métaboliques ou de perturbations du système digestif1.

© Alejandra Kaiser

Les personnes ayant subi des traumatismes répétés durant l’enfance présentent un risque accru de maladies cardiovasculaires, de troubles métaboliques ou de perturbations du système digestif.

Sécurité, stabilité et prévisibilité

Les traumatismes répétés affectent aussi la confiance en soi et en les autres des enfants et peuvent compliquer leurs relations sociales2 : ils auront parfois plus de difficulté à nouer des relations étroites ou tendront à répéter le modèle relationnel défavorable qu’ils ont connu dans le passé.

C’est pourquoi, chez SOS Villages d’Enfants, nous considérons qu’il est important de donner aux enfants la possibilité de nouer des relations solides et chaleureuses avec des adultes de confiance, pour qu’ils puissent continuer d’avancer malgré leurs traumatismes. Trois éléments sont pour cela essentiels selon Manoëlle Hopchet : la sécurité, la stabilité et la prévisibilité. Il est important pour ces enfants de pouvoir compter sur un petit nombre de figures d’attachement qui sont là pour eux, à l’écoute, capables de leur fournir la sécurité et la prévisibilité dont ils ont besoin et de les aider à comprendre et à réguler leurs émotions.

© Katerina Ilievska

« Tout le monde ne sait pas quelles sont les conséquences des traumatismes et comment réagir. »

(In)former pour mieux accompagner

Accompagner les enfants ayant vécu des traumatismes dans leur recherche de stabilité et de reconstruction demande des compétences spécifiques. Il est important que les personnes qui entourent ces enfants (éducateurs, assistants sociaux, instituteurs, professeurs de sport, professionnels de la santé…) aient une bonne compréhension des causes et des conséquences des traumatismes répétés pour pouvoir réagir de façon appropriée. Cela n’est pourtant pas encore une généralité à l’heure actuelle. Le traumatisme est un sujet complexe sur lequel les connaissances scientifiques continuent de se développer. Annie Bleus : « Tout le monde ne sait pas quelles sont les conséquences des traumatismes et comment réagir. Il serait intéressant d’introduire par exemple ces notions dans les formations des personnes amenées à s’occuper des enfants. »

SOS Villages d’Enfants fait un premier pas dans ce sens : nous organisons depuis septembre 2021 des formations à destination des professionnels de l’aide à la jeunesse. Notre objectif : renforcer, en collaboration avec d’autres organisations de l’aide à la jeunesse, nos connaissances et nos pratiques de prise en charge sensibles aux traumatismes.

« Il faut informer, informer et informer encore, nous dit Manoëlle Hopchet. Et réaliser plus de travail de prévention. » « D’autant plus lorsque l’on voit tout ce qu’il faut investir pour tenter de rattraper les dommages causés par les traumatismes chez les enfants », ajoute Annie Bleus.

La reconnaissance, la première étape vers la guérison

L’entourage plus large des enfants ayant vécu des traumatismes répétés et la société peuvent aussi jouer un rôle dans le processus de guérison. C’est pourquoi SOS Villages d’Enfants ainsi que plusieurs organisations de l’aide à la jeunesse et spécialistes du traumatisme appellent à la création d’un lieu de reconnaissance dédié aux personnes qui ont vécu des traumatismes répétés durant l’enfance.

La reconnaissance peut voir le jour dans plusieurs cercles concentriques de la vie des enfants : le cercle des personnes proches sur qui les enfants peuvent compter au quotidien, le cercle plus élargi de leurs amis, de leur famille et de leurs connaissances, et le grand cercle de la communauté. « La reconnaissance par un tiers est importante, souligne Manoëlle Hopchet. C’est la première étape vers la guérison. »

Un lieu de reconnaissance public contribuerait ainsi à reconnaître que les histoires vécues par ces enfants sont injustes, douloureuses et réelles. Il permet à ces personnes de trouver un endroit qui leur est dédié, où elles peuvent découvrir d’autres témoignages et trouver de l’inspiration ou de l’aide pour aller de l’avant malgré leur traumatisme.

© Katerina Ilievska

¹ Vincent J. FELITTI et al., Relationship of childhood abuse and household dysfunction to many of the leading causes of death in adults. The Adverse Childhood Experiences (ACE) Study, American Journal of Preventive Medicine 14, nr. 4 (1998): 245-258.

² Professeur TARQUINIO in Colloque Quantum Way, avril 2021. Les souffrances de l’enfance expliquent les maladies des adultes.

Il est important de donner aux enfants la possibilité de nouer des relations solides et chaleureuses avec des adultes de confiance.


« En accordant de l’attention aux blessures vécues par les jeunes et en les aidant à les exprimer, nous faisons de la place pour de nouvelles expériences positives »

Katrien Goossens est coordinatrice de la Maison Hejmo à Louvain, où nous accueillons dix jeunes ayant un parcours migratoire. Elle explique comment l’équipe prend en charge dans son travail quotidien les expériences traumatisantes vécues par ces jeunes, qui ont souvent connu des situations difficiles et dangereuses dans leur pays d’origine, pendant leur parcours migratoire ou même après leur arrivée en Belgique.

Katrien Goossens : « Nous impliquons les jeunes autant que possible dans l’organisation de leur vie quotidienne. Nous construisons avec eux un environnement doux et aimant et nous essayons constamment de créer du lien avec eux. Nous organisons des activités ensemble, nous jouons ensemble, nous faisons du sport ensemble, nous nous amusons ensemble. Nous sommes toujours là pour eux, même lorsqu’ils se comportent d’une manière que nous n’approuvons pas. Nous regardons au-delà de leur comportement, nous cherchons les causes de celui-ci et, surtout, nous ne les renvoyons pas, ne les punissons pas et ne les excluons pas. »

« Une structure et un cadre clairs sont importants pour nos jeunes : nous posons des limites, nous leur expliquons pourquoi et nous les consultons autant que possible sur celles-ci. Nous écoutons les jeunes et répondons à leurs questions. Lorsqu’un incident ou un moment difficile génère des émotions fortes chez les jeunes, nous veillons avant tout à être présents pour eux et à les écouter. Ce n’est qu’ensuite que nous entrons en dialogue avec les jeunes, lorsque chacun a retrouvé son calme. »

Pourquoi est-il si important d’intégrer les traumatismes répétés dans notre travail quotidien ?

« Parce que nos jeunes ne peuvent se développer que si nous tenons compte des blessures qu’ils ont vécues. En y accordant de l’attention et en les aidant à trouver des moyens de les exprimer, nous faisons de la place pour de nouvelles expériences positives. Par notre attention à leurs difficultés, notre compassion et notre empathie, les jeunes savent que nous sommes à leurs côtés. Il est nécessaire de créer une relation durable avec eux. C’est sur base de cette relation que les jeunes peuvent trouver la motivation pour, pas à pas, se développer et trouver leur place dans la société. »

© Jakob Fuhr

© Jakob Fuhr


Construire une expertise en matière de traumatismes avec l’aide à la jeunesse

En collaboration avec d’autres organisations de l’aide à la jeunesse, nous développons depuis septembre 2021 le programme « Des lieux sûrs pour des enfants épanouis » en Belgique. Ce projet vise à aider les personnes qui travaillent auprès des enfants à mieux reconnaître, comprendre et répondre aux traumatismes, pour aider les jeunes dans leur vie quotidienne à aller de l’avant malgré leurs traumatismes.

150 professionnels de l’éducation, des sports, de la justice … suivent gratuitement une formation en ligne d’introduction au traumatisme et 160 intervenants sociaux prenant soin d’enfants participent à des formations de plusieurs jours en présentiel. Pour mettre en pratique les connaissances acquises, nous avons conçu un guide pratique gratuit à leur attention. Nous avons aussi rédigé une annexe consacrée aux pratiques sensibles aux valeurs culturelles des enfants non accompagnés tels que ceux accueillis à la Maison Hejmo.

Suivez notre formation en ligne gratuite sur les pratiques de prise en charge sensibles aux traumatismes. Surfez sur https://bit.ly/FormationTraumatismes



Ce projet est cofinancé par le programme Droits, égalité et citoyenneté de l’Union européenne et est soutenu par les joueurs de la Loterie Nationale.

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