La boîte à émotions, un outil pour apprendre à vivre avec ses traumatismes
Aidez des enfants comme Myléna
à surmonter leurs traumatismes et à grandir en toute sécurité.Myléna* a 7 ans. Comme tous les enfants qui grandissent dans notre projet Chantevent, elle vit avec des traumatismes complexes. Ces blessures, héritées d’une enfance marquée par l’insécurité, se réveillent au quotidien, sans crier gare. Et se manifestent souvent par un comportement que beaucoup qualifieraient de « difficile ». Formée à une approche sensible aux traumatismes, notre équipe met en place des outils pour apprendre aux enfants à réguler leurs émotions.
*Le nom de l’enfant a été modifié pour préserver sa vie privée.
Myléna n’a pas envie de nous parler. Elle était d’accord ce matin, mais plus maintenant. Elle a changé d’avis. Nora, l’éducatrice qui l’encadre cet après-midi, tente de parlementer avec elle. Rien à faire : la petite file se cacher dans le jardin, à l’abri des regards. Avant qu’elle ne s’échappe, Nora parvient à obtenir un compromis : à défaut de parler à Myléna, nous pourrons quand même voir sa boîte à émotions.
Trouver l’apaisement dans une boîte
Nora nous rejoint avec une boîte transparente, décorée d’illustrations de petits personnages aux visages expressifs. C’est la boîte à émotions de Myléna. Pas besoin d’écrire son nom dessus, car sa boîte est unique. La petite fille l’a remplie d’objets qui l’apaisent, la rassurent ou lui permettent de mettre des mots sur ses ressentis. En l’ouvrant, on y trouve d’abord un grand cœur rouge plastifié, un carnet, un tableau effaçable et une roue des émotions. Tout au fond, des tubes de bulles à savon se mélangent à des marqueurs colorés et à d’autres petits objets divers.
Un carnet rempli de cœurs brisés
« Elle ne la demande pas forcément, mais quand on lui met à disposition, elle l’utilise automatiquement, » explique Nora. « Sur le moment même, ça peut vraiment l’apaiser. Elle utilise surtout son cahier d’expression, où elle met par écrit ce qui ne va pas. Elle y dessine aussi beaucoup de cœurs brisés. À la façon dont elle les trace, on peut deviner l’intensité de son émotion, » commente-t-elle en feuilletant pour nous le carnet d’expression de Myléna.
Un outil pour petits et grands
Cela fait un peu plus d’un an que Myléna possède cette boîte, comme certains de ses camarades de Chantevent. Un outil de régulation émotionnelle mis en place par notre équipe pédagogique dans l’optique d’aider les enfants à mieux vivre avec leurs traumatismes. Tous n’y sont pas réceptifs, mais ce n’est pas une question d’âge : cela peut aussi bien fonctionner avec des tout-petits qu’avec des ados, pourvu que cela corresponde à leurs besoins. Chaque boîte est donc totalement différente, à l’intérieur comme à l’extérieur.
Des objets pour se calmer quand on est fâché
Pendant que nous discutons, une petite silhouette se glisse discrètement aux côtés de Nora. C’est Myléna qui est sortie de sa cachette. Petit à petit, elle accepte de nous répondre. D’abord via Nora, à qui elle chuchote quelques mots à l’oreille. Les objets qu’elle préfère dans sa boîte ? Le carnet d’expression, le cœur rouge et les tubes de bulles. La dernière fois qu’elle l’a utilisée ? Mardi, quand elle était fâchée. Elle ne se souvient plus pourquoi, mais ça l’a aidée à se calmer.
Regarder au-delà des apparences
Si on prend le temps de la connaître, Myléna montre un autre visage, celui d’une petite fille attachante et vive. « C’est une enfant qui a beaucoup de capacités, » reprend Nora. « Ce que je préfère à l’école, c’est la lecture et les calculs, » ajoute la petite fille, qui n’a rien perdu de notre conversation.
Notre combat pour la prise en compte des traumatismes dans l’aide à la jeunesse
Les enfants comme Myléna doivent apprendre à vivre avec leurs traumatismes. Les boîtes à émotions sont des outils parmi d’autres pour les y aider. Mais c’est aussi à nous, adultes, d’apprendre à regarder au-delà des apparences et à ne plus réduire ces enfant à leurs comportements difficiles.
Encadrer des enfants qui vivent avec des traumatismes complexes au quotidien n’est pas une tâche facile. C’est pourquoi nous mettons l’accent sur la formation des professionnels de l’aide à la jeunesse. À Chantevent, nos éducateurs disposent ainsi des outils adéquats pour décoder les comportements des enfants et pour les aider à vivre avec les blessures du passé.