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Être vu et entendu dans l’enfance : « une question de vie ou de mort »

Écrit le 21 novembre 2025

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En Belgique, un enfant sur dix n’est pas en sécurité à la maison. Nous en rencontrons tous les jours : à l’école, au supermarché, dans la rue... Pourtant, ils ne se sentent pas vus ni entendus. Ensemble, nous pouvons inverser la tendance. 

 

#VuEntendu : le podcast
Retrouvez Raphaël Gazon dans notre nouveau podcast, où il nous aide à mieux comprendre les comportements d’enfants victimes de traumatismes complexes et à y réagir. 

Raphaël Gazon est psychologue clinicien et spécialiste des traumatismes complexes. Parmi ses patients, pour la plupart adolescents ou adultes, beaucoup souffrent encore aujourd’hui du fait que leur souffrance n’ait pas été entendue lorsqu’ils étaient enfants. Pour Raphaël Gazon, l’importance d’être vu et entendu pendant l’enfance n’est pas une question de confort émotionnel : « C’est une question de vie ou de mort ». Derrière chaque demande d’attention d’un enfant, il y a bien plus qu’un simple besoin de contact. Surtout lorsqu’il se trouve en détresse.

Le “cri d’attachement”, un espoir fondamental 

« Quand un enfant envoie un signal vers un adulte, en particulier des adultes qui sont importants, et si cet enfant est dans la détresse, ce n'est pas n'importe quel signal qu'il envoie. C’est comme si derrière certaines demandes, il y avait un cri d'attachement. » 

Ce cri est comparable à celui d’un nourrisson qui appelle à l’aide, une sorte d’appel instinctif qui cherche à garantir sa sécurité physique et psychique. Et si l’enfant se met à crier (au sens propre comme au figuré), c’est parce qu’il sent « qu’il ne va pas pouvoir s’en sortir tout seul ». 

Et ce cri, il ne faut pas le sous-estimer. Car une fois lancé, il porte un espoir immense : « un espoir quant au fait que je vais être sauvé. Ce sont des questions de vie ou de mort, » insiste le psychologue. 

Un cri, une multitude de formes 

Ce cri ne s’exprime pas toujours par la parole. Il peut prendre différentes formes, parfois difficiles à interpréter : certains enfants appellent à l’aide en étant violents, d’autres se sabotent ou se mettent en échec, ou multiplient les comportements risqués (addictions, etc.).  

Dans certains cas, l’enfant parvient à exprimer sa détresse verbalement : « Pour un enfant qui vient d'une famille avec des grosses difficultés, déjà rien que ça, c'est exceptionnel. »  

Et c’est justement parce que c’est exceptionnel qu’il faut saisir l’opportunité unique de l’aider. Car quand l’enfant appelle à l’aide et n’obtient pas de réponse, les conséquences peuvent être dramatiques.  

Les conséquences d’un cri non entendu  

Raphaël Gazon décrit trois réactions principales : la colère, la honte et le désespoir. 

1. La colère : “Puisqu’ils ne m’entendent pas, c’est tous des cons” 

La première attitude que l’enfant peut adopter après avoir demandé de l’aide sans succès, c’est la colère et la rupture du lien : « Puisqu'ils ne m'entendent pas, c'est tous des cons en fait, je ne peux pas compter sur eux… qu’ils aillent tous se faire foutre. » 

L’enfant ou l’adolescent conclut que les autres ne sont pas fiables et adopte une attitude de rejet envers le monde extérieur. 

2. La honte : “Je suis un moins que rien” 

Une autre réaction peut être un rejet de soi-même : si on ne m’écoute pas, « c'est que je suis un moins que rien, je n'ai pas de valeur, de toute façon ça n'intéresse personne. » 

Ce sentiment de honte peut devenir permanent et avoir des conséquences désastreuses : certaines personnes en viennent à penser qu’ils n’ont pas leur place sur terre. Gazon évoque même des patients qui lui ont confié ne pas comprendre ce qu’ils faisaient dans leur famille, et « attendaient que des extraterrestres viennent les chercher ». 

3. Le désespoir : la perte totale d’espoir en les adultes 

Enfin, quand sa détresse n’est pas reconnue, l’enfant peut cesser d’espérer. « Parfois, il suffit d’une fois pour qu’on ne croie plus en l’humanité, » résume Raphaël Gazon. Ce désespoir ouvre la porte à un sentiment de vide, voire à des idées suicidaires.  

Le risque : développer une méfiance envers l’humanité  

Les spécialistes de l’attachement parlent alors de méfiance épistémique : la perte de confiance fondamentale envers le monde adulte et l’humanité en général. 

« Si je développe au fond de moi-même la conviction que les gens qui m'entourent non seulement ne pourront pas m'aider, mais en plus me feront du tort, ou abuseront de ma faiblesse, ça va être difficile d'aller bien dans la vie. » 

Raphaël Gazon, psychologue

#VuEntendu : notre campagne pour que les cris des enfants ne soient plus ignorés 

Les réactions que décrit Raphaël Gazon vous sont peut-être familières. Parmi les enfants qui grandissent au sein des projets de SOS Villages d’Enfants Belgique, elles ne sont pas rares. Chaque jour, nos équipes mettent tout en œuvre pour faire en sorte que les enfants qui grandissent à leurs côtés se sentent vus et entendus.  

Vous vous demandez comment réagir face à ces enfants ?