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Une « workation thérapeutique » en pleine nature

Écrit le 7 avril 2026

Innover pour mieux traiter les traumatismes
SOS Villages d'Enfants collabore avec OBC Ter Wende-Espero pour briser le cercle vicieux des traumatismes transgénérationnels. Dans un cadre verdoyant et apaisant, une équipe chaleureuse accompagne à la fois les enfants et leurs parents. Les familles y trouvent l'espace nécessaire à la guérison, à la connexion et à l'épanouissement.

Oubliez la salle d'attente et l’heure de thérapie hebdomadaire. Imaginez plutôt plusieurs jours d’immersion dans l'attention, le calme et la confrontation. Dans un lieu paisible en pleine nature, Eva Kestens, psychiatre pour enfants et adolescents, travaille avec des jeunes qui portent le fardeau le plus lourd qu'un enfant puisse endurer. Ici, pas de cadre classique, mais une thérapie intensive autour d'une seule question : oses-tu vraiment regarder en face ce qu'il y a de plus difficile ?

« La semaine dernière, nous avons organisé un traitement intensif des traumatismes avec une jeune fille », raconte Eva Kestens. « Elle a dix-sept ans, mais elle a déjà vécu des choses auxquelles beaucoup de gens ne seront jamais confrontés de toute leur vie. Si on montrait ça dans un film, on dirait que c’est exagéré, et pourtant pour elle c’est la réalité. »

Loin de la vie quotidienne

La première chose qui frappe, c’est que cette thérapie n’a pas lieu dans un centre thérapeutique, mais en pleine nature. Loin de l’école, des distractions et des obligations. « Nous avons fait exprès de choisir un lieu éloigné de la vie quotidienne », explique Kestens. « Pour oublier un moment les devoirs, les déplacements ou autres soucis. Les jeunes passent aussi la nuit ici. Ils savent qu’on ne leur demandera rien de plus de toute la journée. Et si ça devient difficile, quelqu’un est toujours présent. »

Cette sécurité s’avère cruciale. Car ce qui se passe ici est intense. « Nous travaillons deux fois par jour avec l’EMDR », explique-t-elle. « C’est une thérapie des traumatismes. L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) est une méthode scientifique pour le traitement des traumatismes. Elle aide à réduire la charge émotionnelle des souvenirs, ce qui atténue les symptômes tels que les flashbacks, l’anxiété et les cauchemars. Nous alternons aussi avec des thérapies non verbales : mouvement, musique, relaxation… En fait, même la nature est une co-thérapeute. »

Huit séances en une semaine : « C'est maintenant ou jamais »

Alors qu’une thérapie classique prévoit souvent une séance par semaine, ici, tout s'enchaîne. « Nous faisons environ huit séances en une semaine », explique Kestens. « C'est un travail qui prendrait normalement huit semaines, voire plus. Mais ici, on ne perd pas de temps. On n'a pas besoin de recommencer ou de conclure à chaque fois. On continue simplement là où on s’est arrêtés. » Et cela fait toute la différence.

« Cette thérapie est intense et bouleversante. Mais ici, ils sentent que c’est le moment. C’est maintenant ou jamais. » Elle la décrit comme une sorte de microclimat : un monde à part où tout est axé sur la guérison. « Nous pouvons nous adapter entièrement à ce dont une personne a besoin à ce moment-là. C’est unique. »

« Les jeunes se sentent si bien entourés qu’ils trouvent le courage d’aller jusqu’au bout »

Eva Kestens, psychiatre

La présence rassurante d'un chien

Autre détail frappant : un chien est également présent pendant la thérapie. Ce n'est pas un hasard. « Les animaux perçoivent très bien ce que ressentent les gens », explique Kestens. « Il est parfois plus facile de faire un câlin à un chien qu'à un adulte. » Le chien s'avère être un régulateur naturel. « Dans les moments difficiles, il vient se blottir contre vous ou pose sa tête sur vos genoux », ajoute-t-elle. « Ou bien il fait quelque chose d'inattendu, comme courir après sa queue. Quelque chose qui fait redescendre la pression. Ça permet de respirer. » Et peut-être plus important encore : « Un chien vous apprend à vivre l'instant présent. »

La nature comme co-thérapeute

Loin d’être secondaire, l’environnement joue un rôle actif dans le processus. « Quand ça devient difficile, on va se promener avec le chien », raconte Kestens. « Ça aide à se réguler. La nature apporte la sérénité, au sens propre comme au figuré. Les jeunes disent eux-mêmes que cela fait une différence. » Cette sérénité se répercute également sur l’équipe. « Pour nous, en tant que thérapeutes, c’est aussi un plus », dit-elle. « Ici, on peut sortir un instant, faire une promenade, respirer. Ça se ressent dans la thérapie. »

Apprendre à ressentir ce dont on a besoin

Ce que les jeunes apprennent ici sur eux-mêmes est peut-être encore plus important que la thérapie elle-même. « Nous leur demandons souvent : comment ça va ? De quoi as-tu besoin ? », explique Mme Kestens. « Souvent, au début, ils ne savent pas répondre. Mais petit à petit, on les voit grandir. Ils gagnent en assurance pour exprimer leurs besoins. » C’est directement en lien avec l’estime de soi. « Au début, il y a souvent un sentiment de malaise », dit-elle. « Est-ce que j’en vaux vraiment la peine ? » Mais peu à peu, ils comprennent : j’ai le droit d’être ici. Les gens prennent du temps pour moi. Je mérite qu’on s’occupe de moi.

Avant-gardiste, mais encore rare

Bien que cette approche existe déjà à l’échelle internationale, elle reste exceptionnelle en Belgique. « Je n’ai pas l’impression que cela se fasse déjà à grande échelle ici », dit Kestens. « Aux Pays-Bas, on observe beaucoup plus de formes de thérapie intensive axée sur les traumatismes. Chez nous, nous n’en sommes qu’aux prémices. » Pourtant, l’impact est clairement perceptible. En une semaine, on fait un travail qui prendrait autrement des mois. Non pas parce qu’il faut aller plus vite, mais parce qu’on lui accorde enfin l’espace nécessaire.