Robbe & Evelyn : deux éducateurs, une mission commune
À propos du projet Hejmo
Depuis 2016, SOS Villages d’Enfants offre un accueil et un accompagnement à dix mineurs étrangers non accompagnés, âgés de 8 à 18 ans, dans la région de Louvain. Il s’agit d’enfants et d’adolescents en exil, arrivés en Belgique sans leurs parents.
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Aidez des jeunes qui ont dû fuir leur pays à grandir en toute sécurité aux côtés d'éducateurs comme Robbe et Evelyn.La recette de Robbe & Evelyn pour accompagner les enfants ? Être strict mais bienveillant, et proche tout en posant des limites.
Dans le monde de l’aide à la jeunesse, aucun jour ne ressemble à un autre. Et surtout, aucun jeune ne se ressemble. Robbe et Evelyn partagent une même conviction : les jeunes ont besoin de proximité, de sécurité et de personnes sur qui ils peuvent compter. Éducateurs auprès mineurs étrangers non accompagnés, ils nous ouvrent les portes de leur quotidien.
Qu’est-ce que ça signifie, être éducateur dans un groupe de vie ?
« C’est bien plus qu’un métier », commence Evelyn. « On est un filet de sécurité, un parent temporaire, un coach si vous voulez. Les jeunes arrivent ici après un long voyage, souvent traumatisant. Ils ont tout laissé derrière eux et débarquent parfois complètement perdus. C’est là que notre travail commence : leur offrir un cadre sécurisé, structurant, tout en respectant leur individualité. » Robbe ajoute : « Les jeunes accueillis chez Hejmo portent souvent un lourd bagage : pertes, traumatismes, déracinement. Ils ont besoin de repères clairs, mais aussi d’une vraie proximité. C’est cette combinaison qui est essentielle : poser des limites et accorder sa confiance. » Il tapote sa casquette. « C’est ce que symbolise le O ouvert : une proximité chaleureuse. »
Comment réagissez-vous face à des comportements “difficiles” ?
« Il est rare qu’un comportement difficile soit gratuit », explique Robbe. « Il s’agit plutôt d’un comportement incompris. Il y a toujours une cause : la peur, l’insécurité, la frustration… Notre travail, c’est de continuer à chercher le sens derrière ce que le jeune exprime, même quand c’est dur. Il faut de la fermeté, mais surtout de l’humanité. » Evelyn sait que certains jeunes peuvent sembler fermés ou rebelles, mais c’est souvent une forme d’auto-protection. « Nous travaillons avec une approche sensible aux traumatismes. Pas pour tout excuser, mais pour comprendre pourquoi quelqu’un fait ce qu’il fait. Et surtout, pour rester présents, même (et surtout) quand ça devient difficile. »
Quels sont les moments qui vous ont marqué ?
« Un jour d’été, j’ai entendu deux petits cousins syriens rire en jouant avec des ballons d’eau », se souvient Evelyn. Elle s’interrompt un instant, puis murmure : « Je les ai vus redevenir enfants. Pour la première fois depuis leur arrivée. Cette image me reste en tête, car elle montre le pouvoir de la sécurité et du jeu. Chaque enfant a droit à des moments d’insouciance. » Robbe pense à un garçon qui, à son arrivée, stockait sans arrêt de la nourriture de peur d’avoir faim. « À chaque livraison de nourriture, il faisait sa réserve. On l’a rassuré en lui montrant qu’il ne manquerait jamais de nourriture ici. Aujourd’hui, c’est un jeune calme, solide, bien intégré dans le groupe. » Il prend une grande inspiration. « Voir un jeune s’épanouir, c’est ça, ma plus grande satisfaction. »
Quelle importance a l’équipe dans laquelle vous travaillez ?
« L’équipe est essentielle ! » s’exclame Robbe. « On fait souvent de longues gardes, on reprend les tâches des autres si besoin. Un simple café avec un collègue après une nuit difficile, ça peut être très précieux. Il faut pouvoir se confier, sans jugement. » Evelyn acquiesce. « Sans mon équipe, je ne tiendrais pas. On porte les jeunes ensemble, et on se soutient entre nous. Ce sentiment de responsabilité partagée fait toute la différence. Et on apprend tellement les uns des autres, surtout dans les moments plus complexes. »
Qu’est-ce qui définit votre vision de l’accompagnement ?
« Certains jeunes m’ont déjà dit que j’étais stricte », sourit Evelyn. « Mais avec le temps, ils comprennent pourquoi. Ce qu’ils veulent dire, c’est : ‘tu es juste, claire, et je me sens en sécurité avec toi’. Pour moi, c’est le plus beau compliment. » Robbe fait le lien avec le concept de ‘Nouvelle Autorité’. « Il s’agit d’être proche, tout en posant un cadre. Si chaque éducateur suit sa propre logique, c’est le chaos. La structure, c’est une forme de soin. Et les jeunes le sentent. »
Quel message voudriez-vous transmettre à de futurs éducateurs ?
« Il faut être solide, savoir relativiser et rester empathique », reprend Robbe. « C’est exigeant, mais on reçoit aussi énormément en retour. » Il sourit. « Pas tous les jours, mais aux moments où ça compte vraiment. » Evelyn pense qu’il faut savoir investir dans les jeunes. « Ils vous testent, appuient sur vos points sensibles, repoussent les limites. Mais si vous restez là, présents, ils vous offrent quelque chose en retour : un regard, un merci, leur confiance. Et ça, c’est vraiment magique ! »