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Les enfants de Tiffany, âgés de trois et dix ans, ont été séparés : « Ça me brise le cœur. »

Écrit le 20 mai 2026

Trop de frères et soeurs grandissent encore séparés
malgré la loi qui reconnaît leur droit à grandir ensemble. SOS Villages d'Enfants se mobilise pour faire évoluer l'aide à la jeunesse.

Il y a près d'un an, les deux enfants de Tiffany ont été placés et séparés l'un de l'autre. Une histoire qui parle de maternité, de frères et sœurs, et d'un schéma qui perdure depuis deux générations.

Cela fait presque un an que le tribunal des mineurs a décidé que l'appartement de Tiffany n'était plus un lieu sûr pour ses enfants. La décision faisait suite à une série d'incidents violents impliquant son ex-compagnon. « Une fois, il a frappé ma fille aînée si fort qu'elle a été projetée du salon jusqu'à la cuisine », raconte Tiffany. Elle s’est rendue à la police et à l’hôpital. Au lieu d’obtenir la protection qu’elle espérait, cela a mené au placement de son fils de trois ans et de sa fille de dix ans, ainsi qu’à son propre départ du logement qui était à son nom.

« Pendant deux ans, j’ai supplié les assistants sociaux qui m’accompagnaient : aidez-moi à sortir de cette situation. Mais ils ne voulaient pas m’écouter. Et on m’a tout simplement retiré mes enfants. »

D'abord ensemble, puis séparés

Les deux premiers mois suivant leur placement, le frère et la sœur ont pu rester ensemble. Puis ils ont été séparés. Officiellement, cela n'est plus autorisé. « Depuis quelques années, les services de protection de l'enfance doivent veiller à ce que les frères et sœurs ne soient plus séparés », explique Tiffany. Surtout pour préserver le lien qui les unit et pour qu’ils puissent se soutenir mutuellement dans les moments difficiles. « Mais cela n’a pas été possible pour mes enfants, car il n’y avait pas assez de place dans les structures d’accueil. Dans la pratique, cette séparation est monnaie courante. »

Aujourd’hui, son fils réside dans une institution tandis que sa fille est en internat en semaine et passe ses week-ends dans une famille d’accueil. En principe, ils peuvent se voir une fois par mois. En réalité, c’est souvent une fois tous les deux mois.

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Les conséquences de la séparation sur ses enfants

Les conséquences sont palpables. Son fils de trois ans avait un important retard de langage lorsqu’il a été placé. Grâce à l'orthophonie, il commence peu à peu à parler. Mais son comportement difficile s'est aggravé lorsque sa grande sœur a disparu de son horizon. « Avant, quand ils étaient encore ensemble, ma fille pouvait dire : “Regarde, petit frère, tu ne dois pas faire ça, tu peux faire ça.” C'était le rôle de la grande sœur. Quand ils ont été séparés, les choses ont mal tourné. »

Pour sa fille, la douleur est différente. « C'est surtout le manque qui lui pèse. Elle a perdu son côté attentif et soigneux. À l'école, ça s'est très mal passé pendant un certain temps à cause de ça. »

Dans son groupe de vie, le petit garçon de trois ans a entre-temps rencontré une petite fille à peu près du même âge que sa sœur. « Il ne parle que d'elle. Elle est comme une sœur de substitution pour lui. »

Tiffany fait tout ce qu’elle peut pour que son fils et sa fille puissent se retrouver. « À force d’insister, de supplier et en étant créative, j’y arrive parfois. » À quelques reprises, elle a réussi à emmener sa fille au centre où vit son fils. « Et c’est tellement beau. Un moment plein d’amour. Les câlins viennent tout naturellement. » Mais chaque séparation reste un déchirement. « À chaque fois, les larmes coulent. »

L'histoire se répète

Tiffany connaît bien les services de protection de l'enfance. Elle y a elle-même passé près de dix ans, après une enfance difficile, marquée par des abus. « Il m'est arrivé beaucoup de choses qui n'étaient pas acceptables. » Sa grande chance à cette époque, dit-elle, c'est que ses grands-parents paternels étaient ses parents d'accueil. Malgré tout, cela lui a permis de conserver un lien avec son père. Ses propres enfants n'ont pas ce filet de sécurité aujourd'hui.

« L'histoire se répète. Et je ne veux pas être ce genre de mère. »

C'est exactement ainsi que fonctionne le traumatisme intergénérationnel : sans que personne ne le souhaite, un schéma d'insécurité se transmet à la génération suivante. Pas par la faute des parents, mais parce que le tampon disparaît. Et par manque de prise en charge adéquate.

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En attendant le retour à la maison

Tiffany n'est pas seule. Bianca, l'éducatrice de son petit garçon, et son compagnon Jeroen sont aujourd’hui ses deux principaux soutiens. « Grâce à lui, je trouve chaque jour la force de continuer. » Ensemble, ils sont temporairement hébergés chez des amis, en attendant de trouver un logement à eux. Son assistante sociale l'a confirmé : dès qu'ils auront leur propre logement, le retour des enfants sera envisagé.

Ce qu’elle souhaite offrir à ses enfants ? « Tout. De l’attention, de la sécurité, une belle vie. Et de la tranquillité. Juste de la tranquillité. » Dans dix ans, elle imagine sa fille, la vingtaine, rentrer à la maison, un diplôme en poche. Et son fils, âgé de treize ans, raconter fièrement que tout va bien à l’école. « Ce serait tellement beau. »

Un message politique

La maman termine par un message adressé aux responsables politiques. « S'il vous plaît, arrêtez de réduire le budget de l'aide à la jeunesse. Si vous continuez à le réduire, il n'y aura tout simplement pas assez de places dans les structures d'accueil. C’est impensable que des frères et sœurs doivent être séparés, simplement par manque de moyens. Investir dans les enfants, c'est investir dans l'avenir. »

Ce que fait SOS Villages d'Enfants
SOS Villages d'Enfants a contribué à l'adoption de la loi de 2021 qui reconnaît le droit aux frères et sœurs de ne pas être séparés. Il s'agit d'une étape importante, mais nous continuons à demander qu'elle soit appliquée de manière cohérente. Parallèlement, nous souhaitons inciter les services d'aide à l'enfance à mettre davantage l'accent sur les relations familiales : quelle que soit la complexité de la situation, le lien avec la famille d'origine reste essentiel pour l'avenir des enfants.  

Ce témoignage a été réalisé en collaboration avec l'asbl Cachet et grâce à l'engagement sans faille d'Aiden et Tina, un frère et une sœur qui ont eux aussi été séparés pendant leur enfance et qui œuvrent aujourd'hui en faveur d'un changement positif.