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« Il n’existe aucun problème qui échappe à l'espoir »

Écrit le 9 février 2026

Que signifie réellement exister à une époque marquée par la rapidité, les écrans et les performances individuelles ? Le psychiatre et professeur Dirk De Wachter insiste sur un besoin humain fondamental : être vu et entendu. Non pas comme un luxe, mais comme une condition existentielle pour être humain. « C'est l'autre qui fait de vous un être humain », dit-il. Exister n'est pas une performance individuelle, mais un processus relationnel.

L'existence est relationnelle

Selon De Wachter, ce n'est que dans le regard de l'autre que nous devenons véritablement humains. Sur le plan philosophique, il rejoint Emmanuel Levinas : le visage de l'autre qui nous interpelle et nous « humanise ». L'autonomie et le temps pour soi ne doivent pas prendre le dessus. « Je plaide pour le temps du « nous ». Personne n’est là « par soi-même ». Nous sommes tous « donnés » par les autres. »

La proximité naît dans la difficulté

« C'est souvent dans les moments difficiles qu’un véritable lien se crée. »

Dirk De Wachter, psychiatre

Une véritable connexion naît rarement d'un contact superficiel. « L'authenticité réside souvent dans la vulnérabilité, la tristesse et la difficulté. » Cette proximité demande du temps, de la patience et de l'authenticité, ce qui est en contradiction avec la communication rapide et les réseaux sociaux. Les smileys ne peuvent pas accueillir de larmes.

La proximité physique exige de la prudence

La proximité numérique permet de maintenir le contact, mais la présence physique reste d'un autre ordre. Cependant, le contact physique exige une grande prudence, surtout avec les personnes traumatisées. Pour certains, la proximité a un effet curatif, pour d’autres, la distance est nécessaire. « Il faut chercher ce qui convient le mieux, avec professionnalisme et attention. »

L'autre reste toujours en partie un étranger

Nous ne pouvons jamais connaître pleinement l'autre. Et ce n'est pas une mauvaise chose, mais au contraire un cadeau. Le fait de rester étranger maintient les relations vivantes et nourrit l'émerveillement. Ce principe s'applique également à l'éducation : les enfants n’appartiennent à personne. « Il faut tout un village pour élever un enfant. »

L'espoir face au traumatisme

Beaucoup d'enfants et de jeunes accueillis par SOS Villages d'Enfants n'ont pas été vus ni entendus dans leur petite enfance. Ils ont vécu de la négligence, de la maltraitance et ont des problèmes d'attachement. Pourtant, De Wachter reste optimiste : « Il n'existe aucun problème qui échappe à l'espoir. » Même en cas de traumatisme complexe, de nouvelles formes d'attachement sont possibles. Il en reste souvent un vestige quelque part : une personne qui, elle, a vu.

Rester présent, un impératif dans l’accompagnement

Pour les éducateurs·rices, le conseil est simple mais exigeant : rester présent. Aimer, tout en gardant une distance professionnelle. Ne pas abandonner, même lorsque les jeunes repoussent ou se méfient. Parfois, l’accompagnement se résume à quelques mots : faire une promenade, rester en silence, être simplement présent. « L'essentiel, c'est de faire comprendre : tu peux compter sur moi. »

La bienveillance comme éthique existentielle

La bienveillance n'est pas une technique, mais une manière d'être. Selon Heidegger, exister, c'est être ensemble avec bienveillance. « Si la bienveillance disparaît, nous nous déshumanisons. » Être vu et entendu n'est donc pas un concept à la mode dans le domaine thérapeutique, mais un besoin humain fondamental. « Nous existons dans le regard de l'autre. Et c'est peut-être là notre plus grande responsabilité. »