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Coumba Magassouba, une voix pour les sans voix au Sénégal

Écrit le 20 janvier 2026

Soutenez les enfants talibés
pour qu'ils puissent grandir en toute sécurité et recevoir une éducation.
Depuis 2024
Coumba et le Conseil municipal des Enfants de Kaffrine reçoivent le soutien de SOS Villages d’Enfants Sénégal. Par le biais de formations et d’un soutien financier, nous appuyons leurs efforts de plaidoyer et de sensibilisation. 

Vice-présidente du Conseil municipal des enfants de Kaffrine, au Sénégal, Coumba Magassouba a fait des droits des enfants talibés un combat personnel. Portrait d’une jeune fille charismatique, déterminée à porter la voix de ceux qui n’en ont pas. 

Aussi loin qu’elle s’en souvienne, Coumba (17 ans) a toujours été indignée par les injustices. En particulier celles qui touchent les enfants. Malheureusement, dans son pays, le Sénégal, les inégalités ne manquent pas et se manifestent dès le plus jeune âge. 

La réalité des enfants talibés

À Kaffrine, où elle a grandi, des dizaines d’enfants mendient chaque jour dans la rue, dans une indifférence quasi-totale. Ils font partie des quelque cent mille enfants « talibés » que compte le pays, confiés par leurs parents à des maîtres coraniques pour recevoir une éducation, souvent loin de chez eux. 

Sur le chemin du lycée, Coumba croise les mêmes visages, jour après jour. La plupart sont des garçons, dont les plus jeunes ont entre 5 et 7 ans. « Ils sont là, dans les rues, à marcher sans chaussures alors qu’il fait extrêmement chaud. Ils sont envoyés par leur maître coranique pour chercher leurs repas et lui ramener une certaine somme, » explique la jeune fille. L’argent demandé par les maîtres coraniques sert de participation à leurs frais d’éducation. Dans certaines écoles, manquer à cette obligation peut faire l’objet de corrections.

« On ne peut pas rester les bras croisés »

Au Sénégal, plus d’un enfant sur trois n’est pas scolarisé. Élève en terminale au Lycée français, Coumba a bien conscience d’être privilégiée. Et elle est d’autant plus révoltée par la situation des enfants talibés :

« Pourquoi n’ont-ils pas le droit de s’épanouir ? Ces enfants-là doivent avoir la possibilité d’aller à l'école. On ne peut pas rester les bras croisés. »

Coumba Magassouba, vice-présidente du Conseil des jeunes de Kaffrine

Abdoulaye et Ibrahima, petits frères de la rue

Si la cause des talibés lui a toujours tenu à cœur, son engagement envers eux est devenu plus personnel depuis que sa famille a pris deux jeunes garçons sous son aile, Adboulaye et Ibrahima. Leur rencontre a eu lieu dans des circonstances dramatiques : les sœurs de Coumba ont trouvé Abdoulaye dans la rue, blessé par une voiture. Pour le convaincre d’aller se faire soigner à l’hôpital, elles lui ont promis un repas. Depuis, il revient chaque jour avec son petit frère.

« La plupart du temps, à l'heure du repas, ils viennent pour regarder la télé. L’année passée, pour les fêtes religieuses, ma mère leur a acheté des vêtements de cérémonie. » Abdoulaye et Ibrahima n’ont plus aucun contact avec leurs parents. Heureusement, ils ont la chance de pouvoir compter sur la générosité de familles comme celle de Coumba. Ce n’est pas le cas de tous.

Représenter les enfants du quartier

Quand elle a entendu parler de la mise en place d’un Conseil municipal pour protéger les enfants à Kaffrine, Coumba n’a pas hésité : « Je me suis dit : c'est le moment, je dois faire partie du conseil municipal ! Comme ça, je pourrai représenter les enfants de mon quartier. »

En novembre 2022, elle a été élue vice-présidente par une cinquantaine d’autres jeunes kaffrinois. Depuis, Coumba n’a de cesse de défendre les droits des talibés dans sa commune. Avec le Conseil, elle a d’ailleurs obtenu d’augmenter le budget alloué aux enfants dans la commune, qui est passé de 4 à 8 %. Mais pour Coumba, ce n’est pas suffisant : « Ce budget n’atteint pas les enfants qui en ont vraiment besoin. » Et ces enfants, ce sont les talibés.

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« Petit à petit, il y a des changements »

Coumba a aussi un autre combat : lutter contre le mariage des filles et les grossesses précoces, encore fréquents à Kaffrine. « On organise des causeries et des émissions radio pour sensibiliser les parents. Pour qu’ils comprennent que les enfants sont l'avenir de demain, et que si on bafoue leur présent, ils n'auront aucune chance d'avoir un bel avenir. »

Comme pour les enfants talibés, le chemin est encore long, mais Coumba ne se laisse pas décourager : « Petit à petit, il y a des changements, » reprend-elle, pragmatique. « Avant, ici à Kaffrine, les filles n'étaient pas du tout scolarisées, parce qu'on ne les éduquait que pour le mariage. Maintenant, la mentalité des parents a changé et la plupart des filles vont à l'école. Elles sont mêmes plus nombreuses que les garçons à l’école, et ont de meilleurs notes ! »

La preuve pour elle que le changement est possible et qu’il faut continuer le combat pour les droits des filles et des talibés.

Un avenir motivé par les droits des enfants

Bientôt, Coumba aura 18 ans et devra quitter sa fonction au sein du Conseil des enfants. Mais elle ne compte pas pour autant abandonner les enfants de Kaffrine. En attendant d’intégrer l’université, où elle espère pouvoir étudier le droit, elle a déjà prévu de transmettre son savoir aux futurs élus du Conseil. Avec une seule et même motivation : garantir toujours plus de droits aux enfants de Kaffrine et du Sénégal.

Notre soutien aux enfants talibés
Depuis 2016, la lutte pour les droits des enfants talibés fait partie des combats de SOS Villages d’Enfants Belgique : avec notre soutien, SOS Villages d’Enfants Sénégal soutient plus de 1600 enfants talibés, notamment à Kaffrine, pour les sortir de la mendicité et leur offrir une éducation et une vie décentes.