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Familles dans le monde

Quatre mères ukrainiennes parlent de leur nouveau quotidien en Roumanie

Viktoria et trois de ses amies proches, qui ont deux enfants chacune, ont fui la guerre en Ukraine et ont trouvé refuge dans l’un de nos Villages d'Enfants SOS en Roumanie.

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© Katerina Ilievska


« L'incertitude est effrayante, confie Viktoria. Chez nous, nous avions nos vies, nos familles. Nous avions des projets - certains pour le week-end, d'autres pour l'été ou pour l'année prochaine. Si un plan tombait à l'eau, nous avions de quoi nous retourner. Maintenant, nous ne savons pas quoi faire. Devons-nous planifier quelque chose ? Planifier pour quoi ? »

Des familles séparées

« Le 24 février, le jour où la guerre a commencé, a été un choc », raconte Hanna, une amie de Viktoria. « Vous ne vous attendez pas à vous réveiller un jour, prendre ce que vous pouvez, emmener vos enfants et partir sans savoir quand vous reviendrez. Ce choc initial est maintenant passé, mais la peur ou l'incertitude reste. »

« Nous avons toutes nos maris en Ukraine, dit Viktoria. Nos parents, nos proches sont là-bas. Je parle à mon mari tous les jours. Il est seul maintenant. Nos enfants lui manquent, je lui manque, notre vie ensemble lui manque. Il me manque, nos enfants sont en manque de leur père. »

« Mes parents me disent de ne pas m'inquiéter », dit Natalia, une autre amie de Viktoria. « Ils disent qu'ils se sont habitués à la nouvelle normalité faite de tirs, de bombardements et de sirènes. Ma mère dit qu'elle ne se réveille même plus au son des sirènes. ″Quoi qu'il arrive, c'est mon destin″, me dit-elle, et elle me demande de prendre bien soin de ses petits-enfants. »

© Katerina Ilievska

Ensemble au Village d'Enfants SOS

Les quatre mères et leurs enfants sont désormais accueillis dans l’un de nos villages d’enfants en Roumanie. « Notre souhait était de rester ensemble, mais nous étions presque sûrs que personne n'accepterait d’héberger huit enfants, âgés de trois à quinze ans, et quatre adultes dans le même appartement ou dans la même maison. Nous sommes reconnaissants à SOS Villages d'Enfants de nous avoir permis de loger tous ensemble dans la même maison. Nous nous sentons beaucoup plus à l'aise ensemble. Nous pouvons nous soutenir et nous réconforter mutuellement », explique Hanna.

La sœur et les parents d’Hanna ont réussi à se rendre en Roumanie et les rejoindront bientôt dans la même maison dans le village d'enfants. « Ce sera un vrai soulagement de les avoir ici », dit-elle.

« Vous ne vous attendez pas à vous réveiller un jour, prendre ce que vous pouvez, emmener vos enfants et partir sans savoir quand vous reviendrez. »

Hanna

L'enfance bouleversée

Les huit enfants semblent trouver leurs repères dans le villages d’enfants, mais « leur routine quotidienne a radicalement changé », explique Lena, mère d’une adolescente de quinze ans. « Leur vie est chamboulée. Au début, ils étaient déconcertés de devoir rester avec moi dans une seule pièce, sans avoir leur propre coin ou leur propre intimité. Cela va mieux maintenant, ils se sont adaptés à la réalité. »

« Ma fille adolescente a eu quelques problèmes. Rien de grave, juste un comportement d'adolescente habituel que la guerre et la fuite de notre maison ont accentué. Je l'ai encouragée à parler avec un psychologue en ligne, et elle a fini par accepter notre nouvelle réalité, du moins pour le moment. »

© Katerina Ilievska

Plus d'école

Les enfants en âge d’aller à l’école suivent les cours en ligne donnés par leurs professeurs qui se trouvent encore en Ukraine. Mais les mamans expliquent que les enfants n'apprennent presque rien. « Ils sont à des âges différents et dans des classes différentes qui se tiennent à des moments différents, explique Viktoria. Il n'y a donc pas de période unique où tous les enfants sont occupés. Il y a toujours un enfant libre pour jouer, ce qui distrait ceux qui suivent les cours. »

« Une autre circonstance, beaucoup plus difficile, est que les cours sont souvent interrompus par les sirènes de raid aérien. L'enseignant stoppe alors le cours pour courir vers un abri anti-bombe. Au début, cela perturbait les enfants, mais maintenant ils disent simplement ″ à nouveau pas d'école″. »

« Les cours sont souvent interrompus par les sirènes de raid aérien. L'enseignant stoppe alors le cours pour courir vers un abri anti-bombe. »

Viktoria

Ce dont les enfants ont besoin

« Nous travaillons avec eux, celles qui peuvent enseigner une leçon ou une matière le font, dit Hanna. Mais ce n'est pas suffisant. Ils ont besoin de manuels scolaires, de livres, de travaux pratiques en ukrainien, comme chez eux. »

« Les enfants ont aussi besoin de sport, ajoute Natalia. Mes enfants faisaient du judo chez nous, et j'aimerais vraiment qu'ils continuent à en faire ou à pratiquer un sport similaire. Certaines des filles suivaient des cours de danse. C'est également nécessaire. Toute activité physique structurée sera bonne pour eux. »

« Le dessin et la sculpture aussi, poursuit Lena. Nous pourrions le pratiquer ensemble avec les enfants, car l'âge n'a pas vraiment d'importance. Ma fille adolescente en a grandement besoin. Il n'y a pas d'enfants de son âge dans le village, qu'ils soient ukrainiens ou roumains. Elle contacte ses amis en ligne mais ce n'est pas pareil. La plupart du temps, elle se sent seule et isolée. »

© Katerina Ilievska

Besoin de se reconstruire

Lorsqu’on leur demande comment elles se sentent, les mamans répondent : « Nous devons paraître fortes pour le bien-être de nos enfants. Mais, souvent, nous lisons, voyons ou entendons quelque chose qui nous brise. La dure vérité nous frappe : nous sommes loin de chez nous, sans nos partenaires, et nous ne savons pas si et quand nous rentrerons. Nous pleurons. Les nuits sont particulièrement difficiles. C'est dans ces moments-là que nous réalisons à quel point nous avons besoin d'une aide psychologique. »



Tous les prénoms ont été modifiés pour respecter la vie privée des familles.

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