Une semaine d’évasion avec les enfants de Chantevent

"Le plus poignant, c’est que les enfants n’ont pas choisi cet éloignement... Même lorsque leur situation est tout sauf normale, la plupart des petits préfèrent rester auprès de leurs parents." Max Vryens, collaborateur SOS

Le Village d'Enfants SOS Chantevent

Départ à l’aurore

Ils sont six, les plus jeunes habitants du Village d’Enfants SOS Chantevent de Bande, près de Marche-en-Famenne. A huit heures du matin, ils se tiennent tous sur le parking du village, prêts à partir au camp.

Certains font les durs ("ma maman ne va pas me manquer,tu sais!"), tandis que d’autres sont en pleurs. Quoi qu’il en soit, ce sera pour chacun une expérience inoubliable. Pour moi aussi, d’ailleurs.

AvecGiorgio, l’assistant social qui travaille depuis trente ans au village d’enfants,nous répartissons les petits dans deux voitures. Gaspard, un bénévole, nous rejoindra plus tard. Nathan, un petit fripon de six ans au visage d’ange, me crie depuis l’autre voiture qu’il arrivera plus vite que moi, et nous voilà partis!

Pourquoi as-tu une barbe ?

Le trajet de Bande à Rochehaut,qui passe par de petites routes verdoyantes et sinueuses, dure une bonne heure, ce qui nous donne le temps de faire connaissance.

A vrai dire, il donne surtout aux enfants le temps de me poser un tas de questions : "Pourquoi as-tu une barbe ?", "Pourquoi as-tu mis un bonnet ?", "C’est quoi, cette vache sans pis là-bas?", et ainsi de suite. Questions auxquelles j’essaie d’apporter une réponse sensée, sans éclater de rire.

La plupart des petits préfèrent rester auprès de leurs parents.

Max

Rarement orphelins

La plupart des enfants du village ne sont pas orphelins. Souvent, ils ont encore leurs parents, mais ont été accueillis chez SOS pour d’autres aisons. C’est par exemple le cas de Claire et Fiona.

Fiona, trois ans, est la plus jeune dela bande : une fillette adorable, aux yeux bleu acier, toujours collée à sa soeur Claire, qui prend très au sérieux son rôle d’ainée. Ce qui revient à dire qu’elle se comporte comme une mini maman. Elles ont été placées à Chantevent par le juge de la Jeunesse, sur avis de l’assistant social qui travaillait en étroite collaboration avec la famille.

Leurs parents, toxicomanes, négligeaient leurs fillettes. Le plus poignant, c’est que les enfants n’ont pas choisi cet éloignement; ils le subissent tout simplement. Même lorsque leur situation est tout sauf normale, la plupart des petits préfèrent rester auprès de leurs parents.

La maisonnette

Lorsque nous arrivons à la maisonnette où nous allons passer la semaine, la première chose que remarquent les enfants, c’est le petit terrain de jeux à l’arrière. C’est d’ailleurs là qu’ils passeront le plus clair de leur temps. Non sans quelques disputes d’ailleurs, car avec deux balançoires pour six, il est clair que notre plaine de jeux s’avérera un peu petite.

Pas simple de faire sa toilette

Lorsque vient l’heure du coucher, nous nous rendons compte que certains enfants ont besoin d’une approche individuelle. Chacun de nous accompagne deux enfants pour le rituel du coucher. Les jumelles, Emma et Manon, viennent avec moi.

Et c’est loin d’être évident: dans un premier temps, Manon refuse de prendre sa douche avec sa soeur, puis elle la réclame absolument avec elle. Emma,elle, veut se laver toute seule : le résultat n’est guère éloquent et la salle de bains est inondée.

Lorsque chacune a trouvé sa serviette (très important !), les voilà enfin prêtes à aller dormir après la lecture d’une histoire, comme il se doit. Et elles s’endormiront bien vite.

J’espère que nous pourrons bientôt revivre ensemble.

Enfant du Village d'Enfants SOS Chantevent

Debout, couché, debout, couché…

Pour Mathis, un petit garçon de sept ans, l’endormissement est plus difficile. Ce soir-là, pendant deux heures, il n’arrête pas de sortir de son lit, devenir jusqu’à notre porte, et il ne retourne se coucher que lorsque nous l’accompagnons jusqu’à sa chambre.

A la longue, cela devient vraiment énervant. La seule solution est de monter la garde devant sa porte, ce que Giorgio fait désormais chaque soir. Mathis ne sort pas de son lit pour rien.

Les enfants de nos villages ont souvent vécu bien des situations pénibles. Les parents ne s’occupent parfois pas de leurs enfants, ils ne sont tout simplement pas là quand ils en ont le plus besoin… Pour ces enfants, il est dès lors très difficile de se sentir en sécurité. Dormir seul dans un lieu inconnu les perturbe. La meilleure méthode pour apaiser Mathis est donc de rester auprès de lui.

Les enfants ont besoin de comprendre comment fonctionne le monde qui les entoure. Et davantage encore les plus créatifs.

Max

MacGyver

Divers autres petits évènements se déroulent pendant le camp et en font une expérience tout à fait unique.

A l’évidence, Marco, un gamin de six ans à peine, est promis à une belle carrière d’ingénieur. Une fois au lit, il se met à démonter systématiquement tout ce qu’il trouve : deux tubes de dentifrice sont ouverts avec des ciseaux, les piles de la télécommande disparaissent ou encore, les cailloux de la terrasse atterrissent dans le WC… Nous le surnommons MacGyver Junior.

Ce genre d’exploration est en fait tout à fait normal. Les enfants ont besoin de comprendre comment fonctionne le monde qui les entoure. Et davantage encore les plus créatifs. Et, cela me parait clair, Marco est très créatif…

Un déferlement d’émotions

Il faut dire que les émotions sont omniprésentes tout au long de la semaine. Enormément de rires, un peu de sévérité parfois, souvent de petites choses profondément touchantes. Comme lorsque les enfants ont pu écrire une lettre à la maison.

Difficile, car, "à la maison", où était-ce exactement? Chez leur mère SOS? Ou chez leurs parents qui ne peuvent plus s’occuper d’eux? J’ai aidé Claire à écrire à ses parents. Voici ce qu’elle disait: "Chers Maman et papa, c’est très chouette ici. Je m’occupe très bien de Fiona. Vous nous manquez. J’espère que nous pourrons bientôt revivre ensemble. Je vous aime, Claire."

Simple et tellement touchant ! Car qui sait si Fiona et sa soeur pourront un jour rentrer chez elles?

Vous voulez, vous aussi, offrir l’an prochain un superbe camp aux enfants du village d’enfants Chantevent?

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