Quand un enfant s'installe chez nous…

"Quand on constate que les enfants se font des copains, ont des projets ou des hobbies, c’est le signe qu’ils se sentent bien et qu’ils essaient de trouver leur voie dans la vie." Philippe Rappe, l'ancien directeur du Village d’Enfants SOS Chantevent.

Le Village d'Enfants SOS Chantevent

Le Village d’Enfants SOS Chantevent a récemment accueilli Lucy, une fillette d’un an et demi. Peu de temps après, le petit Joris, un peu plus d’un an, a été, lui, accueilli dans la maison Simba. Un évènement bouleversant pour les enfants. Philippe Rappe, l'ancien directeur du Village d’Enfants SOS Chantevent, et Nicolina Jorissen, conseillère pédagogique, nous expliquent comment ils encadrent les enfants pour que la transition se fasse le plus naturellement possible.

La maison Simba donne tout de suite l’impression d’un foyer chaleureux

Nicolina Jorissen, conseillère pédagogique

Une décision mûrement réfléchie

"Accueillir un enfant à long terme est une décision que l’on ne prend pas à la légère", déclare Philippe Rappe, "le processus peut demander quelques mois.

"Avant que l’accueil ne soit accepté, SOS évalue si c’est bien la meilleure solution pour l’enfant. "Voilà pourquoi nous faisons d’abord une analyse approfondie de la problématique familiale, du contexte social de la famille et de son développement ainsi que de la santé de l’enfant", ajoute-t-il.

Préparer la transition prend aussi beaucoup de temps: "Pour qu’elle se passe bien, il est essentiel de donner le temps et l’espace nécessaires à tout le monde", déclare Philippe Rappe.

"Lucy est donc venue une ou deux fois au village en visite avant d’y habiter. Cela lui a donné le temps de faire connaissance avec sa mère SOS et avec les autres enfants, de s’habituer à la nouvelle situation. A l’inverse, SOS est aussi allé rendre visite à Lucy dans son cadre d’origine. Le contact avec les parents est ici très important. Tout le monde a l’occasion d’apprendre à se connaître et de poser des questions, de manière que la transition puisse s’accomplira avec un maximum de sérénité et dans la bonne entente."

Philippe Rappe:"Avec Lucy, cette transition s’est faite sans problème. Elle s’est adaptée rapidement au rythme et à l’environnement du village et a tout de suite dormi profondément et régulièrement, ce qui est parfois un point délicat pour certains enfants. Au village d’enfants, Lucy a aussi retrouvéson frère et sa soeur biologiques, eux aussi accueillis au village. La tristesse sur son visage, qui m’avait vraiment frappé avant qu’elle ne vienne habiter ici, s’en est allée et, petit à petit, Lucy commence à développer sa propre personnalité."

L’accueil à la maison Simba se passeun peu différemment, puisque les enfants y séjournent pour une périodeplus courte (un à deux ans). La maison Simba travaille davantage au départ d’une situation de crise et doit donc intervenir de façon plus directe.

Nicolina Jorissen:"Notre action est de courte durée mais intensive, notre but étant d’améliorer au plus vite la situation de la famille. Nous ne pouvons dès lors pas réserver autant de temps à cette transition."

Inclure les parents dans La démarche

Il existe néanmoins des parallèles entre les deux projets. Ainsi, tant le village d’enfants que la maison Simba accordent un rôle central aux parents dans la transition. "Si vous niez, minimisez ou étouffez la relation parents enfants, les enfants vont souvent se cramponner à leurs parents", déclare Philippe Rappe.

"Ils ont alors tendance à les idéaliser, de sorte qu’ils ne comprennent plus pourquoi ils ont été placés. Dans le même temps, ils amplifient les aspects négatifs de leur séjour au village d’enfants. Ce qui ne facilite malheureusement pas leur intégration dans la nouvelle famille SOS."

A la maison Simba, le rôle des parents est, comme au village d’enfants, essentiel! "La condition d’ailleurs pour que l’enfant soit accueilli à la maison Simba est qu’il existe une perspective de retour à la maison", déclare Nicolina. "Pour rendre ce retour possible,nous travaillons intensivement avec les parents afin de résoudre les problèmes qui existent au sein de la famille. Les parents sont donc totalement impliqués dès le départ."

Se dire au revoir

Le jour où les enfants quittent leur famille pour s’installer au village d’enfants ou dans la maison Simba est un moment délicat.

"Nous prenons vraiment notre temps au moment de l’arrivée de l’enfant", explique Nicolina.

"Nous demandons toujours aux parents d’amener les enfants. Ils peuvent arranger leur chambre en y mettant des photos, des jouets, des posters ou d’autres objets qu’ils ont apportés. Cela permet aux enfants d’emporter quand même une part d’eux-mêmes. La maman de Joris, par exemple, est restée ici deux ou trois heures lorsqu’elle est venue le déposer."

La bonne ambiance qui règne dans la maison Simba fait que la plupart des enfants sont assez enthousiastes, au début. Nicolina : "Au point même qu’à leur première visite, les enfants ne veulent souvent plus partir. La maison Simba donne tout de suite l’impression d’être un foyer chaleureux. C’est petit et confortable. Il y a plein de couleurs, des dessins aux murs et des jouets."

Mais cela n’empêche pas que des enfants comme Lucy et Joris aient besoin d’une période d’acclimatation. Ils sont loin de chez eux et se retrouvent dans une situation très différente de celle à laquelle ils sont habitués. Dans un environnement inconnu, ils doivent apprendre à cohabiter avec d’autres enfants, des accompagnateurs et/ou une mère SOS. Et, bien sûr, leurs parents leur manquent. Ce n’est pas simple.

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