« Les frères et soeurs ont le droit de grandir ensemble »

Michael
Michael
15 janvier 2019

Cela semble évident, et pourtant ce ne l’est pas. Lorsque des enfants ne peuvent plus grandir chez eux, il arrive encore trop souvent que l’on sépare frères et soeurs. Et il n’y a aucune loi pour empêcher cela. Bernard De Vos, délégué général aux droits de l’enfant de la Fédération Wallonie-Bruxelles, nous explique pourquoi il est urgent que cela change.

« Une fratrie a le droit de ne pas être séparée sans motif grave » : telle est la loi que vous voulez faire inscrire au Code civil. SOS Villages d’Enfants vous soutient pleinement dans cette démarche. Pourquoi est-ce important pour vous ?

Le noyau familial a fortement évolué ces dernières décennies. L’image classique de « papa, maman et les enfants » ne correspond plus à la réalité, les familles revêtent aujourd’hui des formes très diverses. Parents divorcés, familles recomposées, familles monoparentales, familles avec deux mamans ou deux papas… Dans ce contexte, les parents jouissent bien sûr de certains droits, pour qu’ils continuent à voir leurs enfants. Même les grands-parents ont des droits visà- vis de leurs petits-enfants. Mais rien n’est prévu pour les frères et soeurs, alors que cette relation peut être si importante ! Il est temps que la loi suive le mouvement !

Le lien fraternel ne bénéficie donc d’aucune protection légale. Quelles conséquences, en pratique ?

Les conséquences sont surtout visibles lorsque les enfants ne vivent plus en sécurité chez eux et sont pris en charge par l’aide à la jeunesse. Il arrive encore trop souvent que frères et soeurs soient alors séparés, comme une sorte de dégât collatéral du placement.

C’est avant tout pour des raisons pratiques : souvent, il n’y a tout simplement pas assez de place dans les dispositifs d’accueil pour accepter toute une fratrie. Mais c’est injustifiable : il s’agit là d’une violation du droit familial. Parfois, on estime qu’il est dans l’intérêt de l’enfant de rompre avec le passé. Un peu comme « repartir de zéro ». Mais c’est là une vision dépassée. Les membres d’une fratrie partagent un passé commun, ils ont vécu ensemble les expériences positives comme les moments douloureux. Ce lien entre eux est unique, et il a un impact positif. Seuls les cas de faits graves entre frères et soeurs, abus sexuels par exemple, justifient de les séparer.

Que signifie concrètement cette séparation pour la fratrie ?

Souvent, un placement représente déjà en soi un traumatisme pour les enfants. Ils perdent leur foyer, la proximité avec leurs parents. S’ils doivent en plus être privés d’un frère ou d’une soeur, c’est une double peine. C’est ébranler ce qui les tient debout dans cette période difficile.

La proposition de loi résoudra-t-elle le problème ?

Non. Elle ne constitue que l’avant-garde, la partie visible de l’iceberg. C’est la base dont nous avons besoin pour continuer à oeuvrer à la reconnaissance de la relation fraternelle. C’est à partir de là que nous pourrons sensibiliser le secteur : juges de la jeunesse, conseillers, dispositifs d’accueil. Le défi que nous devons relever est de convaincre tout le monde de la force de cette relation.

« Demain, mon frère sera toujours mon frère »

Bernard De Vos

Au Village d’Enfants SOS Chantevent, la psychologue Stéphanie Haxhe propose par exemple une thérapie entre frères et soeurs, où elle utilise la relation fraternelle comme point de départ pour rendre les enfants plus forts en tant que personnes. Nous voulons que ce genre d’approche se développe à l’avenir.

Qu’est-ce qui rend si particulier le lien entre frères et soeurs, selon vous ?

C’est une relation qui apporte une grande sécurité. Pour me référer à mon vécu personnel : je peux rester des mois sans parler à mon frère. Mais, quand nous nous voyons, c’est exactement comme si nous nous parlions tous les jours. Le lien fraternel est durable, même s’il n’est pas travaillé. C’est une certitude que vous avez à tout moment : demain, mon frère sera toujours mon frère. Cela procure un formidable sentiment de sécurité.

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