« Jouer à cache-cache pour mieux gérer la peur de l’abandon »

Sarah Biebuyck
Sarah Biebuyck
2 juillet 2018

Trois fois par semaine, Sarah Biebuyck, ergothérapeute et psychomotricienne, se rend dans notre Village d’Enfants SOS Chantevent, près de Marche-en-Famenne. Elle y aide les enfants à mieux comprendre leurs émotions, à gérer la frustration, la peur ou la colère, à retrouver une meilleure confiance en soi et à refaire confiance aux autres.

Sarah, quel est votre rôle au village d’enfants ?
Je m’occupe de douze enfants dans une salle spécialement aménagée pour la psychomotricité. Chaque enfant bénéficie d'une séance individuelle par semaine. Je vais les accompagner dans leurs mouvements et leurs jeux, bouger et jouer avec eux et essayer ainsi de comprendre les sentiments et les difficultés qu’ils expriment à travers ces activités. Nous allons construire des tours, jouer aux marionnettes, nous déguiser et faire des mises en scène, grimper à la corde, faire des batailles de balles, nous détendre dans le hamac…

« C’est en faisant qu’on apprend »
En effet. C’est en vivant les choses que les enfants découvrent et évoluent. Par le jeu, ils acquièrent de nouvelles aptitudes, apprennent à s’exprimer, à se connaître et à repérer leurs émotions. En ce sens, l’esprit et le corps sont très liés.

Pourquoi les enfants ont-ils besoin d’un tel accompagnement ?
Les enfants qui grandissent dans notre village ont traversé des situations familiales difficiles. Ils ont souvent vécu des choses pénibles, sans recevoir l’attention et les soins aimants dont les enfants ont besoin. Il leur arrive ainsi d’éprouver des sentiments qu’ils n’arrivent pas à gérer. Ils sont très en colère ou très effrayés dans certaines situations, sans bien savoir pourquoi. On constate aussi que beaucoup doutent de leurs propres capacités ou ont du mal à faire confiance aux autres. Ce sont là des fardeaux qu’ils traînent avec eux et qui peuvent leur jouer des tours toute leur vie. Si on les aide à dépasser ces difficultés, nous leur donnons une chance d'avancer plus sereinement dans la vie.

Offrez-vous une forme de thérapie aux enfants ?
C’est dans la spontanéité du jeu, dans la liberté de bouger, que j’essaie d’aller à leur rencontre, d'être pleinement à leur écoute de manière à détecter ce qui se cache derrière leur façon d’être. Souvent, ils s’expriment plus facilement à travers le jeu et la communication non verbale. C'est en les accompagnant dans cette dynamique que je vais leur donner des outils et des expériences enrichissantes qui vont stimuler leur développement personnel (psychologique et émotionnel), mental et corporel. C’est donc réellement un suivi thérapeutique, axé sur le développement de l’enfant dans sa globalité, sur le plan psychologique, relationnel et physique.

À quoi ressemble une séance ?
Si, par exemple, les enfants ont du mal à gérer la peur de l’abandon, nous pouvons jouer à cache-cache en gardant une longue corde entre nous ou en prévoyant les cachettes à l'avance (si l'enfant en a besoin pour se rassurer). Ils comprennent que les gens qui sont hors de vue n’ont pas nécessairement disparu, qu'on ne va pas les oublier. Petit à petit, on rétablit ainsi un sentiment de sécurité, indispensable au développement. Car c’est à partir d’une base sûre que les enfants osent explorer le monde qui les entoure.

Vous faites vous-même partie de cette base de sécurité
Oui, c’est très important. C’est grâce au rapport de confiance que j’établis avec eux qu’ils me font partager leurs sentiments. Un exemple : en se déguisant ou en jouant aux marionnettes, les enfants représentent souvent spontanément ce qu’ils ont vécu et ce qui est difficile pour eux à vivre au quotidien. Cet élément constitue en soi une partie du traitement. C’est une façon d’exprimer leurs ressentis et leurs besoins. Je suis là pour les aider à gérer, à comprendre et à accepter leurs émotions et pour répondre avec mes outils de psychomotricienne aux besoins qu'ils expriment (écoute, rassurance, valorisation, rencontre, expressivité…). À la fin de la séance, je demande aux enfants de dessiner ce qu’ils ont vécu. Ils apprennent ainsi à exprimer leurs émotions et leurs pensées via un autre langage, celui du dessin.

La thérapie suffit-elle pour obtenir des résultats ?
Nous n’agissons pas seulement pendant la thérapie. J’ai aussi des réunions régulières avec l’équipe éducative ou les écoles pour suivre l’évolution des enfants et partager mes observations. Ce que nous faisons en thérapie, nous le prolongeons donc aussi dans leur quotidien. Cette collaboration est très importante. Ensemble, nous pouvons aider les enfants à être mieux dans leur tête et dans leur corps.

C’est grâce à des donateurs privés comme vous que SOS Villages d’Enfants finance l’accompagnement psychomoteur des enfants. Pour pouvoir continuer à l’offrir, votre soutien reste donc indispensable.

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